Quelle est l’issue de ceux qui n’appliquent pas le Coran ?

(Traduit)

Question :

« Ceux à qui a été confiée la Torah, mais qui ne l’ont pas appliquée, sont semblables à un âne qui porte des livres. »

(S62,V5)

Dans son Tafsīr, al-Qurṭubī commente ce verset en affirmant qu’Allah – exalté soit-Il – compare ceux qui détiennent la Torah sans la mettre en pratique à un âne chargé de livres, dont le fardeau ne lui apporte que son poids, sans aucun bénéfice.

En suivant ce raisonnement, peut-on inclure dans la portée de ce verset ceux qui détiennent le Coran mais ne l’appliquent pas ? La Oumma islamique, bien qu’elle possède le Coran, peut-elle être comparée à un âne chargé de livres ? Peut-on dire qu’elle adopte alors certains des traits de Bal‘am ibn Bā‘ūrā (un homme à qui Allah avait donné la science mais qui l’a utilisée contre la vérité et s’est égaré) ?

Réponse :

Dans les versets 2 à 4 de la sourate al-Jumu‘ah, Allah – exalté soit-Il – rappelle Sa faveur d’avoir envoyé Muhammad ﷺ comme Messager aux illettrés (les Arabes), pour leur réciter Ses versets, les purifier, leur enseigner le Livre (le Coran) et la sagesse (la Sunna), alors qu’ils étaient auparavant dans un égarement manifeste. Il évoque également d’autres peuples à qui ce message n’est pas encore parvenu.

Cela signifie que des Arabes et non-Arabes deviendront musulmans, rejoindront les premiers croyants, apprendront le Coran et la Sunna, se purifieront de l’impureté du kufr et seront guidés hors de l’égarement. Il s’agit de la plus grande grâce d’Allah.

Ainsi, Allah a confié aux premiers musulmans, ainsi qu’à tous ceux qui viendront jusqu’au Jour du Jugement, la responsabilité de mettre en œuvre le Coran et la Sunna. Pour avertir ceux qui négligent cette charge ou se contentent d’une simple lecture ou mémorisation, Il a donné l’exemple de ceux qui avaient reçu la Torah mais ne l’ont pas appliquée. Le message est clair : « Ô musulmans ! Prenez garde, ne soyez pas comme eux ! »

Allah a imposé la Torah aux enfants d’Israël, mais ils ne l’ont pas portée comme il se devait, c’est-à-dire en l’appliquant. Ils se sont contentés de l’écrire, la lire et la mémoriser.

Ils en ont aussi falsifié une partie du sens, modifié certaines portions, en ont dissimulé d’autres et vendu certains versets contre de l’argent. Ce faisant, ils ont rejeté les signes d’Allah. Le Coran dévoile leurs agissements à maintes reprises et les maudit. Pour les blâmer, Allah les compare à des ânes chargés de livres :

« Ceux à qui a été confiée la Torah mais qui ne l’ont pas appliquée sont semblables à un âne portant des livres. Quel misérable exemple que celui d’un peuple qui rejette les signes d’Allah ! Et Allah ne guide pas les injustes.»

(S62,V5)

Ceux à qui le Livre est donné mais qui ne l’appliquent pas, se contentant de le lire ou de le mémoriser, sont donc comparables à des ânes chargés de livres. Bien qu’ils aient mémorisé les versets, ils les ont reniés. Ils sont donc injustes et méritent l’Enfer.

Dans les versets suivants, Allah s’adresse directement aux Juifs, dévoilant leur hypocrisie. Ils prétendaient être les amis exclusifs d’Allah, mais ne désiraient nullement mourir pour Lui. Allah leur lança ce défi : « Si vous êtes sincères, souhaitez donc la mort ! »

Ils ne voulaient ni sacrifier leur vie ni leurs biens pour Allah. Leur hypocrisie fut mise en lumière par cette parole :

« Jamais ils ne souhaiteront la mort. »

(Sourate al-Baqara, verset 95)

Et Allah ajoute :

« Tu les trouveras, certes, les plus attachés à la vie, même plus que les associateurs. Chacun d’eux souhaiterait vivre mille ans. Or, une pareille longévité ne le sauvera pas du châtiment. »

(S2,V96)

Malgré cela, ils ne pourront échapper au châtiment pour leurs actes. Ils fuient la mort, mais elle les atteindra inéluctablement, et ils devront rendre compte devant Allah.

Dans la sourate al-An‘ām, verset 91, Allah dénonce ceux qui réduisent Ses révélations à de simples écrits conservés, sans application réelle. Ils n’en montrent qu’une partie et en dissimulent une autre.

En décrivant la situation des Juifs, Allah avertit ainsi les musulmans : « Ne tombez pas dans les mêmes erreurs ! » Il faut tirer leçon de leur exemple. Après avoir rapporté l’histoire de Yusuf, Allah dit :

« Il y a dans leurs récits assurément une leçon pour les doués d’intelligence. Ce n’est point un récit fabriqué, mais la confirmation de ce qui existait avant lui, un exposé détaillé de toute chose, un guide et une miséricorde pour un peuple qui croit. »

(S12,V111)

Mais aujourd’hui, les régimes injustes veulent que les musulmans se contentent de lire et mémoriser le Coran. Ils interdisent son application politique et sociétale. Seules les dimensions spirituelle et morale sont tolérées. Ceux qui appellent à un État fondé sur le Coran et la Sunna, ceux qui oeuvrent pour le Califat, sont accusés d’extrémisme ou de terrorisme.

Par exemple, selon une dépêche de l’Agence Anadolu datée du 4 février 2024, la Présidence des Affaires religieuses (Diyanet) a décerné en 2023 des diplômes à 13 349 personnes ayant mémorisé l’intégralité du Coran. Depuis 1975, la Turquie a formé 207 803 huffaz (mémorisateurs). Des concours de mémorisation et de récitation sont également organisés.

Cependant, si ceux qui portent ce dépôt du Coran ne l’appliquent pas et n’appellent pas à son application dans la société, leur responsabilité est immense. Le Jour du Jugement, le Coran témoignera contre eux.

Le Prophète Muhammad ﷺ a décrit ainsi l’un des trois premiers jugés au Jour du Jugement :

« Un homme aura appris la science, l’aura enseignée et aura récité le Coran. Il sera amené devant Allah qui lui rappellera Ses bienfaits. Il les reconnaîtra. Allah lui demandera : “Qu’en as-tu fait ?” Il répondra : “J’ai appris et enseigné la science pour Toi, et j’ai récité le Coran pour Toi.” Allah dira : “Tu mens ! Tu as appris pour qu’on dise que tu es savant, et tu as récité pour qu’on dise que tu es un bon lecteur.” Et cela a été dit. Puis Allah ordonnera qu’on le traîne sur son visage et qu’on le jette en Enfer. »

(Muslim, Hadith n°1905)

Ceux qui se contentent de lire et mémoriser le Coran sans appeler à son application dans la vie, l’État et la société sont comme des ânes chargés de livres. Ils sont injustes, et leurs péchés sont lourds. Ceux qui déforment le sens des versets ou en font de mauvaises interprétations mentent sur Allah et sont maudits.

Comme le mentionne la sourate al-Baqara :

« Ceux qui cachent les preuves et la guidée que Nous avons révélées après les avoir clairement exposées aux gens dans le Livre, ceux-là sont maudits par Allah, par les anges et par l’humanité toute entière. »

(S2,V159)

Et Allah dit :

« Ceux qui cachent ce qu’Allah a fait descendre du Livre et le vendent à vil prix, ceux-là ne remplissent dans leurs ventres que du feu. Allah ne leur adressera pas la parole au Jour de la Résurrection, ne les purifiera pas, et ils auront un châtiment douloureux. »

(S2,V174)

Dans la sourate al-Māʿidah, Allah dénonce ceux qui ne s’interdisaient pas les péchés parmi les enfants d’Israël. Selon les Hadiths authentiques rapportés par Ahmad, Abou Dawoud et Tirmidhî, certains dénonçaient le mal, mais continuaient à s’asseoir avec les fautifs et à partager leurs repas. C’est pourquoi Allah les a tous maudits et châtiés ensemble.

Un croyant sincère et fidèle doit tirer leçon de cela. Il ne craint ni les régimes injustes ni leurs pièges. Il ne craint qu’Allah. Le paradis promis par Allah est plus précieux que tous les biens terrestres, et la position auprès d’Allah vaut plus que tous les rangs de ce monde.

Esad Mansur

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