Le musulman peut-il commercer avec un harbî (ennemi en guerre) ? Quelles sont les limites juridiques du commerce avec les “harbî” ?
(Traduit)
Question :
Je souhaite vendre sur des sites internet basés aux États-Unis — comme Amazon ou Etsy. Par exemple, pour un produit affiché à 1 000 livres turques, Amazon perçoit aujourd’hui une commission de 100 livres, soit environ 10 %. Cette somme est ensuite soumise à l’impôt que l’entreprise reverse à l’État américain. J’aimerais donc poser la question suivante : les États-Unis, comme chacun le sait, sont l’ennemi numéro un des musulmans et des pays musulmans, et relèvent du statut de Dār al-Ḥarb (« territoire en guerre avec les musulmans »). Dans ce contexte, est-il licite de vendre sur des plateformes de commerce en ligne qui versent des impôts à cet État ? En d’autres termes, est-il religieusement permis, dans la situation actuelle, de commercer avec ces sites ? Et si cela n’est pas autorisé pour l’instant, le commerce avec ces plateformes basées aux États-Unis deviendrait-il licite une fois la guerre entre Israël et Gaza terminée ?
Réponse :
Selon les règles exposées dans le chapitre « Commerce extérieur » de l’ouvrage Le Système économique de l’Islam, on peut répondre comme suit : toute personne n’ayant pas la citoyenneté de l’État islamique, et avec laquelle aucun accord spécifique n’a été conclu, est considérée comme harbî. Ces harbîs se divisent en deux catégories : les harbîs en guerre effective (fiʿlī) et les harbîs juridiques (ḥukmī).
- S’il existe un état de guerre réel et actif avec un peuple, celui-ci est considéré comme harbî en guerre effective. (…) Il ne bénéficie d’aucune garantie de sécurité (amān). Il est interdit de commercer avec lui.
- En revanche, s’il n’y a pas de conflit armé direct, il est considéré comme harbî juridique (ḥukmī) : Il n’est pas tué, ni capturé, ses biens ne sont pas saisis, et une garantie de sécurité (amān) lui est accordée. Le commerce avec ce type de harbî est autorisé. Toutefois, s’il entre dans les terres de l’Islam sans avoir obtenu d’amān (visa ou autorisation spéciale), il est alors traité comme un harbî en guerre effective (fiʿlī).
Ainsi, un harbî ne peut pénétrer dans le Dār al-Islām qu’à condition d’avoir obtenu une garantie de sécurité ou une autorisation spéciale.
En ce sens, il est permis de commercer avec un harbî juridique. En effet, le Messager d’Allah ﷺ a autorisé le commerce avec les Mecquois harbîs tant qu’il n’y avait pas de guerre effective entre eux. Cette pratique a perduré durant le Califat bien guidé avec l’Empire byzantin. Il existe à ce sujet un consensus (ijmā) des compagnons : on commerçait avec eux, en particulier pour des denrées telles que les vêtements ou la nourriture. En revanche, il était strictement interdit de leur vendre tout bien susceptible de renforcer leur puissance militaire, comme les armes.
Or, dans la situation actuelle, les États-Unis soutiennent directement l’agression de l’entité sioniste contre les musulmans de Gaza et lui apportent une aide complète à tous les niveaux. Ils sont donc actuellement en état de guerre effective contre les musulmans. C’est pourquoi, à ce jour, il n’est pas licite de commercer avec l’Amérique ni avec les entreprises qui y sont basées.
Toutefois, si cet état de guerre venait à cesser, l’Amérique redeviendrait alors un harbî juridique. Il serait alors licite, d’un point de vue de l’Islam, de commercer avec ses entreprises.
Esad Mansur
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