Est-il permis de prier derrière un imam qui défend la république ?

(Traduit)

Question :

Malheureusement, certains imams, durant le sermon, s’adressent aux fidèles en disant « Notre République… », formulant ainsi des propos qui expriment un soutien à leurs célébrations. 

À ce sujet : est-il permis à une personne de délaisser la prière du vendredi et de ne pas y assister pour cette raison ? 

Un tel abandon peut-il être considéré comme une dispense (rukhsah) acceptée auprès d’Allah ?

Réponse :

La première condition de la prière est la foi. Quiconque prononce : « Lâ ilâhe illâ Allâh, Muhammadun Rasûl Allâh » est, extérieurement, considéré comme croyant. Tant qu’aucune parole ou aucun acte contredisant la croyance ne provient de lui, il est tenu pour musulman et l’on peut prier derrière lui. Même s’il est pécheur, on peut prier derrière lui.

Allah Le Très-Haut a dit :

اِنَّ الصَّلٰوةَ كَانَتۡ عَلَى الۡمُؤۡمِنِيۡنَ كِتٰبًا مَّوۡقُوۡتًا

« En vérité, la prière a été prescrite pour les croyants à des temps déterminés. » (An-Nisa, 4:103)

On prie donc derrière le musulman dont la prière est requise et acceptée.

Si une personne défend la conception républicaine fondée sur la souveraineté du peuple — c’est-à-dire en croyant que c’est le peuple qui légifère — on ne prie pas derrière elle, car cette croyance constitue un acte de mécréance.

En revanche, si elle ne croit pas à cela mais le prononce par crainte pour son salaire ou pour son poste, elle est alors fâsiq, c’est-à-dire un pécheur ; toutefois, on peut malgré tout prier derrière elle. Et s’il existe un imam connu pour sa piété, il est préférable de prier derrière lui.

En outre, plusieurs hadiths ont été rapportés du Messager d’Allah ﷺ. Il a dit : 

« La prière est obligatoire derrière tout musulman, qu’il soit pieux ou fâsiq (pécheur, celui qui commet ouvertement des fautes), même s’il commet des péchés majeurs. Et le jihad se mène aux côtés de tout dirigeant, qu’il soit bon ou mauvais, même s’il commet des péchés majeurs. » (Muslim)

L’unanimité des compagnons (ijmâʿ) établit également qu’il est permis de prier derrière un musulman pécheur. (Shawkânî)

Ce qu’il faut préciser, c’est que dans l’État islamique la souveraineté appartient à la charîʿa : les lois ne sont tirées que du Coran et de la Sunna, et le musulman n’admet aucune autre source. L’unanimité (’ijmâʿ) des compagnons fait partie de la Sunna : il ne s’agit pas d’une transmission rapportée, mais d’une Sunna établie par le silence des compagnons, qui confirme la pratique du Messager d’Allah ﷺ.

Par exemple, lorsque le deuxième Calife bien guidé Omar (qu’Allah soit satisfait de lui) fut poignardé et qu’il fixa un délai de trois jours pour la désignation et la bayʿah du nouveau Calife, aucun des compagnons ne s’y opposa. Cela établit la validité de cette procédure par leur silence.

Le qiyâs — l’analogie juridique — se fonde sur les ʿillah (les raisons d’être juridiques) établies dans le Coran et la Sunnah. Par exemple, comme le mentionne le verset 9 de la sourate al-Jumuʿah : « Lorsque l’on appelle à la prière du vendredi, délaissez le commerce. » La raison d’être juridique (‘illah) déduite est l’obligation de délaisser ce qui empêche la prière. Ainsi, toute activité qui détourne de la prière doit être abandonnée, et il est obligatoire de se rendre à la prière du vendredi.

La forme de l’État islamique est le Califat. Mustafa Kemal, exécutant le plan des Anglais, a aboli le Califat et instauré la République. Dans la loi d’abolition, il affirma : « Le Califat est inclus, en sens et en conception, dans la République et le Gouvernement. » Il prétendit que « le Califat et la République signifient la même chose ». Si tel était réellement le cas, pourquoi l’a-t-il aboli et pourquoi a-t-il combattu ceux qui réclamaient le rétablissement du Califat ? Par crainte de la réaction des musulmans, il formula d’abord ces propos ; puis il ne se contenta pas de changer la forme de l’État : il en supprima l’essence et la source, c’est-à-dire la charîʿa, pour la remplacer par des lois de mécréance.

Afin de tromper les musulmans, il avait inscrit de manière purement symbolique, dans la constitution de mécréance qu’il rédigea en 1924, la mention : « La religion de l’État est l’Islam ». Une fois la République consolidée, il retira cette mention pour y inscrire la « laïcité ». Alors que la République qu’il avait proclamée était, dès le premier jour, fondamentalement laïque.

Lorsque les musulmans œuvrent à rétablir l’Islam au pouvoir, ils doivent absolument clarifier les concepts (mafâhîm), sans quoi les gens se retrouvent dans la confusion.

S’il existe un doute sérieux au sujet d’un imam, on ne prie pas derrière lui : on se rend dans une autre mosquée et l’on recherche un imam fiable. Cependant, la prière du vendredi ne doit en aucun cas être abandonnée. Le comportement de ces imams ne constitue aucune excuse permettant de délaisser la prière, car il est possible de comprendre l’intention réelle de leurs propos.

Il faut parler avec les imams des mosquées afin que cette question soit éclaircie. Qu’ils ne cherchent pas à monnayer la religion pour un poste ou un salaire, qu’ils ne dissimulent pas les versets d’Allah, et qu’ils craignent Son châtiment. Ils disent toujours que « la subsistance vient d’Allah » : qu’ils le mettent en pratique. Qu’ils expliquent clairement ce qu’est la République, qu’ils en dévoilent la fausseté ; qu’ils exposent ce qu’est le Califat et qu’ils y appellent. Ainsi les musulmans pourront prier derrière eux en toute sérénité et ne douteront pas de l’acceptation de leurs prières.

Esad Mansur

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