Question :
Un commerçant, après avoir calculé ses liquidités et ses marchandises destinées au commerce soumises à la zakât, estime ensuite les salaires et autres charges d’environ vingt employés pour l’année suivante, puis les déduit du montant de zakât qu’il doit verser. Une telle pratique est-elle permise du point de vue législatif (sharʿî) ?
Réponse :
Lorsqu’une année s’est écoulée, si un musulman possède le niṣâb (seuil minimum rendant la zakât obligatoire), il doit verser la zakât. C’est une obligation individuelle (farḍ ʿayn).
Le Messager d’Allah ﷺ a dit :
« Il n’y a pas de zakât sur moins de vingt mithqâl d’or. » (Abu Ubayd)
Et dans une lettre que le Messager d’Allah ﷺ a fait écrire, il est dit : « Quant à l’argent (métal), on n’en prélève rien tant qu’il n’atteint pas deux cents dirhams. » (Abu Ubayd)
Vingt mithqâl correspondent à 85 g d’or pur. Deux cents dirhams correspondent à 595 g d’argent pur. Voilà le niṣâb de la zakât. Dès lors, la zakât devient due sur l’argent et les biens concernés.
Ainsi, si à la fin de l’année un musulman possède 85 g d’or, ou 595 g d’argent, ou leur équivalent en somme d’argent, ou des marchandises destinées au commerce, il en acquitte 2,5 % en zakât. Si la valeur est supérieure, le calcul se fait au même taux.
Comme la zakât est une adoration par laquelle on se rapproche d’Allah, ce qui est préférable (afḍal), c’est de la calculer sur la base du niṣâb le plus bas, c’est-à-dire celui de l’argent : autrement dit, dès que l’on possède 595 g d’argent, ou leur équivalent en somme d’argent, ou en marchandises commerciales, la zakât est due.
La zakât que le musulman doit verser ne concerne que l’année écoulée. Il ne peut en aucun cas calculer les dépenses de l’année suivante.
Si la personne possède un commerce et qu’avant d’acquitter la zakât elle doit régler, pour l’année en cours, des charges comme le loyer ou les salaires des employés, alors elle les déduit d’abord de ses liquidités disponibles. Ensuite, elle évalue le reste : si cela atteint le niṣâb de l’argent, elle verse 2,5 %.
En revanche, elle ne peut pas déduire les dépenses de l’année suivante ni les salaires futurs des employés.
Ainsi, l’énoncé mentionné dans la question — « Un commerçant, après avoir calculé ses liquidités et ses marchandises de commerce soumises à la zakât, estime ensuite les salaires et autres dépenses d’environ vingt employés pour l’année suivante et les déduit du montant de la zakât qu’il doit verser » — est incorrect. Une telle pratique n’est pas licite.
Il ne peut pas calculer les salaires et autres dépenses d’environ vingt employés pour l’année suivante afin de les déduire du montant de la zakât. Il ne prend en compte que les salaires et dépenses de l’année en cours : il les comptabilise comme dépenses, les retranche, puis il acquitte la zakât sur le restant.
Car, comme l’indiquent les hadiths et les autres preuves, si, à la fin de l’année, le niṣâb (seuil minimum imposable) est atteint, la zakât est due. On fait le calcul pour l’année en cours ; on ne calcule pas sur la base de l’année suivante.
Esad Mansur
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